Nous sommes en 1971 et l'Angleterre vient de tirer un douloureux trait sur l'aventure de Beatles irréconciliables. Bercé par les ambiances psychédéliques d'un Pink Floyd ou bien encore par les mélopées organiques du King Crimson, le public découvre une flopée d'artistes décidés à élargir les horizons d'un rock'n'roll vacillant.
Pour sa part, Mike Oldfield a déjà navigué dans les formations folks comme nous avons pu le voir précédemment.
Précoce, il se forge une belle réputation de bassiste, puis de guitariste aguerri aux plus intenses improvisations, pourtant M.O n'est pas convaincu et la séparation du groupe lui permet enfin de se consacrer pleinement à un projet qu'il rêve symphonique.
Mais un problème reste majeur : même dans le trip psychédélique et planant alentour, qui voudrait bien écouter une pièce instrumentale d'une heure ? "Tous les producteurs de Londres me répondaient le même refrain : impossible à vendre, cela n'intéressera personne" avoue-t-il aujourd'hui avec une distante ironie.
La solution miracle viendra de sa rencontre avec un certain Richard Branson qui lui permet d'enregistrer professionnellement l'intégralité de l'½uvre dans sa résidence aménagée en studio, le fameux "Manor" où Magma et Henry Cow font également leurs débuts. Même si la première démo ne convainc pas tout à fait le futur milliardaire, un peu réservé sur le manque de chansons de l'ensemble (!), Mike laisse courir son inspiration et laisse échapper les fameux hurlements d'un "caveman" hystérique sur la seconde partie du disque. "J'ai bu la moitié d'une bouteille de whiskey Jameson (...) et j'ai crié de toutes mes forces pendant dix minutes lors de l'enregistrement de la chanson !" .
En solitaire aguerri, Oldfield délègue peu et confirme un talent de multi-instrumentaliste en s'accaparant une trentaine d'instruments.
Le résultat est atypique, incandescent mais invendable ! Toujours la même réponse : "Inclassable et trop étrange". Un label américain s'y intéresse enfin et propose 20.000 dollars... si l'on transforme le tout en chansons ! Impensable.
Branson ne veut pas lâcher l'affaire qu'il sent juteuse et propose le titre moins énigmatique "Breakfast in Bed", en vain,.
Ce n'est cependant qu'en 1972 qu'il décide de créer son propre label et qu'il propose à M.O de figurer parmi les premiers artistes de Virgin. Il lui fait signer un contrat l'engageant sur dix albums, ce qui sera par la suite source de litiges entre Oldfield et Virgin.
Tubular Bells sort le 25 mai 1973, quelques jours après le vingtième anniversaire de Mike. Il s'agit d'un album de musique instrumentale présentant un seul long morceau de rock symphonique sur chaque face du 33 tours. Tous les instruments ou presque sont tenus par M.O, ce qui a nécessité, pour l'époque, des prouesses techniques lors de l'enregistrement. Richard Branson porte l'album auprès des médias anglais et le fameux disc-jockey anglais John Peel programme les deux faces complètes de l'album dans son émission de rock à la BBC.
L'album va connaître un succès colossal et devenir une des plus grosses ventes de l'histoire de la musique (56 semaines en tête des ventes et répandu à 16 millions d'unités!), ce qui est remarquable pour une musique purement instrumentale. La reprise du thème introductif en tant que thème principal du film l'Exorciste, quelques mois plus tard, va amplifier ce succès, notamment aux États-Unis.
Sources : Wikipédia, Amarok prog